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VOTRE SAGA YOUNGTIMER : MATRA BAGHEERA 1973-1980

  • août 20, 2020
  • sur Alexandre

Née en 1973, la Matra Bagheera est un merveilleux exemple de la créativité automobile française des seventies. A l’époque Matra, conglomérat industriel produit aussi bien dans l’armement, les sports nautiques, l’aérospatiale que l’automobile sportive.



Bagheera, la genèse de son histoire

La Bagheera naît grâce à l’association de Matra et Simca (constructeur automobile généraliste français de l’époque). L’intérêt pour les deux parties est évident: Simca-Chrysler apporte son réseau commercial, ses moyens de marketing et son capital mécanique tandis que Matra pose dans la corbeille une unité de production disponible ainsi que la capacité créative de ses techniciens.

 

L'association avec Simca et son réseau conduit l'équipe technique de Matra à opter pour un moteur… Simca de 1300 cm3 et à piocher généreusement dans la banque d’organes du constructeur, notamment de nombreuses pièces mécaniques empruntée au modèle 1100 TI. Le moteur doit rester d'origine pour des raisons évidentes de coûts et également de SAV, puisque toutes les Matra sont distribuées et entretenues par le réseau Simca.
Philippe Guédon (le concepteur) opposé à la formule du coupé 2+2, a une idée lumineuse et invente la GT à moteur central, 3 places… de front ! L'avantage selon lui est que sur une 2+2, les 2 places AR restent symboliques, tandis que sur une trois places de front, chaque occupant est confortablement installé. Pas faux en vérité!

 

L’architecture technique retenue (moteur central arrière) favorise le comportement routier. Le châssis acier autoportant reçoit une carrosserie entièrement réalisée en polyester armé de fibres de verre rivetée ou collée sur cette base. Les roues arrières sont motrices et cette Matra Bagheera dispose de 4 freins à disque. Le réservoir est, quant à lui, installé verticalement entre les sièges et la mécanique. La répartition des masses, 42 % sur l’avant et 58 % sur l’arrière, associée à des voies larges donnent une auto très joueuse et dynamique.

 

La Matra Bagheera côté design. Réussie et aguicheuse.

L'objectif fixé aux designers est de s'inspirer des Ferrari, pour l'esprit GT. Mais la démarche est différente puisqu’il faut partir de la cellule d'un habitacle qui comporte 3 places de front. Au final, le résultat est heureux, avec une ligne harmonieuse, dotée de phares escamotables comme sur la Matra précédente (la 530) pour l'esprit sportif et l'aérodynamique, et d'un large hayon vitré à l’arrière. Sous cette lunette arrière, on trouve le moteur et un coffre qui, il est vrai, est bien au chaud…

 

Le siège-pilote réglable est séparé d’une banquette fixe bi-galbée, l’ensemble étant fort bien dessiné et parfaitement utilisable par trois adultes, avec énormément de place pour les jambes et une position de conduite très allongée. Le petit volant à méplat est très agréable. L’autoradio est positionné verticalement et le tableau de bord se révèle futuriste. L’habitacle reste particulièrement accessible grâce à des portes qui s’ouvrent à angle droit. Le coffre arrière, pour sa part, offre un volume tout à fait intéressant de 330 dm3,

 

Au volant de la Bagheera. Du pur plaisir.

Matra a fait du bon travail au niveau de l’aérodynamique. Le Cx 0,33 permet de bonnes performances avec une puissance assez réduite. Le 0 à 100 est expédié en 11.6s, et la vitesse maxi atteint 185 km/h. Le moteur installé en position centrale est celui qui équipe la Simca 1100 Ti. Ses 1294 cm3 développent 84 ch à 6000 tr/min et 108 NM à 4400 tr/min.
La transmission est assurée par une boîte 4 vitesses reliée aux roues arrières.

 

Au volant, le conducteur est agréablement surpris. Sa stabilité en courbes, le confort des sièges et des suspensions offrant souplesse et débattement, une bonne isolation sonore la rendent très agréable. Bien entendu, la puissance modeste n’offre pas le comportement rageur d’une véritable sportive, mais les sensations sont bien présentes, avec une voiture parfaitement équilibrée qui vire à plat en toutes circonstances. Quant aux freins, sur le sec ou le mouillé, les décélérations sont impressionnantes et l’équilibre également.
C’est un bonheur de s’amuser sur les petites routes de campagne, et les enchaînements de virages…

 

Les évolutions ultérieures de la Bagheera.

La première évolution de la gamme se réalise en 1975 avec l’arrivée d’une série limitée baptisée Courrèges. Avec ce partenariat, le couturier André Courrèges livre sa vision de l’automobile. La Bagheera adopte à cette occasion une robe” blanc satiné”, l’intérieur est plus luxueux et reprend la livrée blanche de la carrosserie, mis à part sur les zones pouvant générer des reflets.

 

Au millésime 1976, nouvelle évolution dans la gamme, l’apparition de la Bagheera S. Le moteur est toujours un Simca, cette fois-ci un 1442 cm³ qui équipe la Simca-Chrysler 1308 GT. Epaulé par deux carburateurs double-corps., le moteur délivre 90ch. Les performances augmentent peu, mais c’est surtout le couple du moteur et sa souplesse qui y gagnent.

 

Au millésime 1977, du changement avec la Matra Bagheera Série 2. Le style évolue timidement mais se démarque surtout du premier modèle par ses pare-chocs enveloppants et sa vitre de custode agrandie pour améliorer la vision de trois quart arrière. La gamme comprend toujours les mêmes modèles, Bagheera, Bagheera S et Courrèges. Il n’y a pas d’évolution mécanique, Simca n’ayant pas changé sa gamme de motorisations.

 

En 1978, le modèle Courrèges disparaît. Il est remplacé par une nouvelle version, la X. Elle se distingue par des couleurs spécifiques, des filets décoratifs et un intérieur plus soigné.

 

En 1979, du changement au niveau du tableau de bord qui regroupe désormais toutes les commandes sur un plan horizontal. En avril, comme toute la gamme Simca, la Bagheera se voit affublée d’une série « Jubilé » pour fêter le titre de Voiture de l’Année de la Talbot Horizon. Cette nouvelle série est basée sur la S et reçoit un toît ouvrant et un intérieur en simili cuir noir.

 

L’année 1980 marque le dernier millésime de la Bagheera. La voiture adopte les poignées de porte chipée au modèle Rancho et change donc ses portières.

 

A savoir, le modèle S, lui, a déjà tiré sa révérence au millésime précédent.
Au total, ce sont 47.796 exemplaires de la Bagheera qui seront construits. 25.477 exemplaires de la série 1, 22.319 exemplaires de la série 2. On comptera 661 modèles Courrèges et 1440 modèles X.

 

Inconnu du grand public, un autre modèle de Matra Simca Bagheera, la U8, restée au stade de prototype. Sa (ses) motorisation(s), deux 4 cylindres en ligne placés face à face et tournant en sens opposés de façon à créer un seul groupe propulseur de 8 cylindres, 2588 cm³ et 168ch. Malheureusement, la crise pétrolière est passée par là et la Bagheera U8 ne dépassera pas les deux prototypes roulants pour les tests sur route.

 

La Matra-Bagheera aujourd’hui. Un futur collector à prix d’ami.

La Bagheera reste une youngtimer particulièrement attirante et originale. Elle sort complètement des sentiers battus tout en restant fiable grâce à ses mécaniques robustes à carburateurs et faciles à entretenir. Elle ne vieillit ni mieux ni moins bien que ses contemporaines mais il faut rester attentif à la corrosion. Attention toutefois au système électrique, ce n’est pas ce qui vieillit le mieux sur cette Bagheera. Enfin, ce n’est pas à son volant que l’on fera péter des chronos, mais son originalité et l’efficacité de son comportement routier compensent largement cette anémie mécanique. Bref, le moyen idéal de rouler dans une voiture typiquement seventies, pas avare en sensations, tout en restant très accessible, aussi bien sur le plan de la conduite qu’au niveau du budget